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Takemusu Aïkido
Takemusu Aïkido
Motomichi Anno Sensei


Quelques reflets

L'Aïkido malgré le confinement

Cette période bien particulière n’a pas rendu toute pratique impossible, bien au contraire. Habituellement, en cas d’impossibilité de s’entraîner physiquement, les aïkidokas sont invités à assister aux pratiques et à faire kengaku suru, l’apprentissage par l’observation. C’est à une pratique similaire que l’instructeur du Takemusu Dojo, Jean-Pierre Kunzi Sensei, a régulièrement invité les pratiquants en leur envoyant des liens vers des vidéos riches et inspirantes. S’appliquer à les regarder en se tenant droit, immobile et en restant totalement concentré fut un réel entraînement à part entière pour les membres du Dojo.Le confinement a également permis au Takemusu Dojo de renforcer ses liens avec plusieurs dojos des États-Unis et d’ailleurs. En effet, il est de coutume de commémorer le décès du fondateur tous les 26 avril. Cette année, Linda Holiday Sensei de Santa Cruz en Californie, 7e Dan Aikikai, a organisé une grande cérémonie par vidéoconférence et a notamment invité les pratiquants du Takemusu Dojo à y participer. Quelque 200 pratiquants du monde entier furent présents et ce fut l’occasion de partages riches et joyeux. Morihei Ueshiba, le fondateur de l’aïkido, avait à c½ur de créer une grande famille : qui aurait imaginé que cela s’incarnerait tout particulièrement maintenant ?
Isaïe
fleur

Le bruit du vent

Le ciel est un miroir noirci, sombre et profond.
Tous les rêves s’évanouissent les lundis de pratique,
Quand cette tête aveugle, inconsciente et meurtrie s’élance lourdement dans la gueule du loup.
Les muscles sont tendus et le regard est lent,
La volonté s’éveille dans une révolte égale à l’attaque qui surgit.
Quand après le salut, les guerriers se font face,
Ils reprennent soudain leurs esprits d’enfants sages,
Repentant leurs pensées, leurs coups et leurs outrages,
Ils laissent partir au vent le poids de leurs pensées.
C’est au prix de l’effort que l’on se débarrasse de toutes ces idées : elles arrivent puis elles passent.
Le bruit du vent me ramène sur terre,
Il est temps, c’est fini, le cours est terminé.
Laurence
fleur

Rires d'enfants

Les lundis de pratique sont comme le ciel noir,
Sombres et profonds, infinis et constants.
Heureusement s’ensuit, en l’espace d’un instant,
Le mardi des ados et les rires des enfants.
Laurence
fleur

A celui qui est prêt

« A celui qui est prêt à faire l’effort de me suivre, je suis prêt à tout donner ! » disait Michio Hikistuchi Sensei, 10e dan Aïkikaï Tokyo.
Hikitsuchi Sensei a été l’élève de Morihei Ueshiba O Sensei durant les quarante dernières années de la vie de ce dernier. Il l’a accompagné dans de nombreux voyages, démonstrations dans les temples, longues et intenses pratiques de purification dans les montagnes de Kumano et au bord de l’Océan. Il affirmait qu’il était le seul à avoir reçu l’enseignement spirituel de O Sensei. Par cela, il est devenu un immense puit de richesses, de savoirs-être, de connaissances du fonctionnement profond de la vie et des articulations subtiles entre tous les éléments constitutifs de la grande nature.
Qu’entendait Hikitsuchi Sensei lorsqu’il disait : « A celui qui est prêt à faire l’effort de me suivre, je suis prêt à tout donner ! » ? Que signifie être prêt à me suivre ? Que signifie « tout donner » ?
Tout comme le jardinier ne peut rien planter ni semer dans une terre sèche et aride, le Sensei ne peut rien apporter à un être aride et fermé. Il s’en détourne simplement et va son chemin.
Lorsque la terre est humide, meuble, alors elle peut être travaillée et ensemencée. Il en va de même du pratiquant, de l’élève.
Suivre le Sensei n’est pas se limiter à écouter ses explications et ses corrections durant une pratique. C’est se mettre dans un état de totale ouverture pour permettre l’ensemencement. Permettre à tout son être d’être nourri, imbibé, imprégné. Pas uniquement sur les plan cognitif et psychomoteur, mais également dans sa conscience, dans sa faculté à voir, à ressentir, à être en relation à tout ce qui l’entoure, dans son c½ur et dans son âme. Seul un état de totales vacuité, d’ouverture et d’éveil permet cet enrichissement. Toute forme de résistances est comme la pierre dans la terre fertile : inerte et stérile.
Faire l’effort de suivre le Sensei, c’est se dépasser, aller dans l’inconnu, dans l’inconfort souvent, se faire violence parfois, sortir des ornières de ses habitudes et de ses certitudes, inlassablement, encore et encore, durant les pratiques ainsi que durant tout l’intervalle de temps qui sépare une pratique de la suivante. C’est garder dans son c½ur et dans son esprit une juste tension, un lien permanent avec le Sensei, une ouverture ainsi qu’une disponibilité de chaque instant. Par exemple, c’est dire oui à toutes les occasions qui sont offertes de rencontrer ou d’accompagner le Sensei, dussions-nous renoncer à des activités ou à des engagements déjà prévus. C’est aussi rester connecté en permanence à son Sensei, avec le c½ur et l’esprit, pour ressentir l’état dans lequel se trouve le Sensei, la direction qu’il prend et les actions qu’il va entreprendre. C’est encore anticiper les besoins du Sensei et se rendre utile, se mettre à son service avant même qu’il n’en ait formulé la demande et ce, même lorsqu’on en est éloigné, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. C’est un entraînement du c½ur et de l’esprit, un état d’esprit à adopter. La tâche est importante, considérable même. Elle semble impossible à réaliser, inatteignable. L’effort de suivre le Sensei semble beaucoup trop important. C’est bien la raison pour laquelle de si nombreuses personnes n’ont pas su suivre, comprendre ni intégrer l’enseignement magistral de Hikitsuchi Sensei.
A celui, toutefois, qui était prêt à faire cet effort pour suivre Sensei, ce dernier était prêt à tout donner. Lorsqu’il sentait chez son élève cette soif, cette disponibilité, cette ouverture d’esprit, cette sincérité et cette détermination, alors il consacrait beaucoup de temps et d’énergie à partager son expérience, à déverser dans le c½ur et l’esprit de son élève le nectar qu’il avait lui-même reçu de O Sensei, avec joie. L’exigence était élevée, proportionnelle à sa bienveillance. Le canal de cette transmission était toujours I Shin Den Shin, de c½ur à c½ur ou encore d’esprit à esprit. Sa nature pouvait prendre toutes les formes imaginables et inattendues. Quant à sa forme, elle pouvait s’adresser tout à la fois à l’intellect, au corps, à l’esprit, au c½ur ou à l’âme. C’est ainsi que Hikitsuchi Sensei donnait tout : tout ce qu’il avait reçu de O Sensei, tout ce que ce dernier avait réalisé et était devenu. Il avait intégré l’enseignement et l’avait incarné. C’est ainsi, aussi, que l’enseignement profond de O Sensei continue de se transmettre de celui qui a fait l’effort de suivre son Sensei à celui qui est prêt à faire l’effort de le suivre, celui qui est réellement prêt à recevoir.
Puisse cet enseignement traverser les âges et continuer d’ensemencer le coeurs des hommes !

Jean-Pierre Kunzi
érable

Les tensions

Les tensions, on essaie de s’en défaire, on s’efforce de se détendre, on se dit qu’on devrait pourtant être plus souple.
L’aïkido nous fait rencontrer ces tensions de près, nous met dans le plus grand inconfort, parfois même de manière insoutenable. L’Aïkido nous fait, en réalité, nous rencontrer nous-même, au plus près de ce qu’on n’a jamais vécu. Le Uke est là pour nous faire nous rencontrer. C’est un face à face avec soi-même sans prétention et sans fausse modestie. Une rencontre parfois difficile et loin de nos illusions.
Dans ce face à face, l’ego dévoilé se dérobe à notre vigilance et s’enrobe d’un autre apparat pour reprendre son impérialisme sur notre réalité. L’ego dévoilé nous révèle nos tensions. Aussitôt pourtant, notre égo reprend le dessus par ses injonctions : « Relâche tes tensions ! Améliore-toi et sois performant ! Détends-toi ! ». La détente ne passera pas par ce petit ego, ni par l’attente, ni par l’exigence.
Le corps est le lieu de l’expression de l’inadmissible en nous, de l’émotion insoutenable, du trop grand inconfort qui nous habite qui s’exprime en tension. De la même manière qu’en disant « Ne pense pas à manger ! », immédiatement notre esprit y pense, l’ego nous donne l’injonction de se détendre. Par ce simple fait, nous nous abandonnons nous-même.
Les tensions sont tel un dragon blessé qui ne se laissera pas dompter par l’impatience, la dureté, le jugement ni ne bougera car nous le pensons dans notre chemin. Il s’agit de l’apprivoiser avec la plus grande bienveillance et compréhension pour qu’il nous révèle tel un enfant délaissé sa plus intime vulnérabilité.
Soyons pour nous même le meilleur des amis, le meilleur des soutiens pour accueillir nos fragilités et les panser.
Le réel relâchement des tensions, nous donne accès à notre si belle vulnérabilité qui n’est rien d’autre que notre capacité à ressentir et à vivre plus pleinement. Soyons prêt à voir le pire en nous-même pour rencontrer le meilleur.
Osons ressentir plus pour vivre plus intensément. Lâchons nos tensions pour sortir de l’émotion suscitée par l’autre et éprouver le sentiment de l’autre. Lâchons ce petit ego pour accéder à l’Universel.

Caroline Collin

La juste direction

Michio Hikitsuchi Sensei, 10e dan disait : « La voie de l’Aïkido est étroite comme le tranchant de la lame du sabre. Si vous vous écartez d’elle, ne serait-ce que de l’épaisseur d’un cheveu, vous êtes complètement à côté.»
Certains pratiquants s’appliquent à accumuler des connaissances : ils s’efforcent d’apprendre les noms des wasas, les termes japonais usuellement employés, ils lisent des livres sur l’Aïkido, ils inscrivent dans un carnet minutieusement chacune leurs pratiques. Leur sentiment de maîtrise et de progression augmente avec l’assimilation des connaissances.
La somme des connaissances intellectuelles et de la maîtrise technique devient alors une épaisse et solide carapace qui empêche le mouvement du cheminement en soi. Ces pratiquants avancent à reculons. Ils suivent le rassurant chemin de l’illusion.
Cheminer, en Aïkido, signifie se mettre en mouvement, se perdre, se détacher, perdre la maîtrise, le contrôle, se confronter à soi, à ses manques, à ses faiblesses, à ses ressources inestimées aussi. C’est être pétri jusque dans son âme, c’est se laisser être imprégné par le souffle de l’Aïki. C’est, comme l’explique Taisen Deshimaru dans le Zen, mourir à soi-même pour renaître pleinement. C’est traverser le miroir, sortir de l’illusion. Ainsi et uniquement ainsi opère la voie profonde. Ceci est Takemusu Aïkido.
Quelle prise de risques ! Quelle inconscience ou quel courage !
Jean-Pierre Kunzi

Egarement

Sur le Dô, chemin unique, singulier, du pratiquant, les cadeaux sont ses découvertes, la joie provient de sa progression, le bonheur vient de ses compréhensions et l’harmonie découle de sa transformation.
La pratique, c’est avancer sur son propre chemin. Le Sensei aide à le trouver. Il oriente. Parfois avec sévérité, parfois avec douceur, toujours intransigeant et juste.
Toutefois, certains pratiquants s’égarent. Ils attendent des faveurs de la part du Sensei en échange de leurs nombreux services rendus. Ils cherchent à plaire pour obtenir de la reconnaissance. Parfois, ils persévèrent durant des années. Leur quête est vaine. Ils cherchent en dehors ce qu’ils pourraient trouver en eux. Ils sont comme l’enfant avec le père.
Puis arrive un ou plusieurs événements où ces pratiquants estiment ne pas recevoir la considération attendue et due de leur Sensei. Ils pensent ne pas avoir été récompensés pour leurs efforts, pour leur dévouement. Alors, mus par un fort sentiment d’injustice, ils quittent le Sensei, amères.
Quel malheureux égarement !
Jean-Pierre Kunzi

Stage de Finhaut

Août 2019

Après un passage de col et une route à flanc de montagne, la vallée se trouve dans le brouillard comme pour préserver le mystère vers lequel nous nous rendons. Le clocher du village retentit tel un appel à nos âmes vers l’enseignement qui nous attend.
L’atmosphère est à la joie, le groupe est soudé, l’organisation se déploie et se synchronise, la vie nous déroule le tapis rouge pour nous accueillir en son sein. La réjouissance du stage est partagée par tout un chacun, pourtant il persiste de l’appréhension chez les plus téméraires s’engageant dans cette retraite. Tous, secrètement, rêvons d’un accomplissement, venons chercher une joie de vivre mais nul n’est dupe. La lumière en nous ne sera que plus éclatante au prix d’une rencontre avec notre obscurité.
Il aurait pu échapper, à celui qui manque de vigilance de constater, la peine des pratiquants à se jeter à l’eau dans les premiers jours. Des pratiques avec une touche de frivolité, une légèreté sans densité, une énergie dissipée dans des échanges de cordialités agréables.
La semaine aurait pu se dérouler sous ces auspices s’il n’y avait eu la voix du Sensei qui sonna comme la cloche bouddhiste qui appelle les moines à la prière et qui marque le temps. Le son du gong nous rappelle à notre vibration intérieure. C’est avec cette sincérité et cet engagement là que le stage a pu se poursuivre.
Les pratiques ont repris avec densité et créativité. Le meilleur des uns enrichissants le mieux des autres. Les moments de partages, rythmés par la musique des étoiles, les torrents des vallées et les cimes des montagnes, étaient d’une simplicité riche et authentiques. Les tempêtes traversées, les rires et les pleurs, ont révélés l’éclat dans les regards. Un mouvement, qui s’inscrit dans celui de l’univers, s’est initié au c½ur de chacun.
Petit à petit le lieu s’est chargé, comme un havre de paix rempli de vitalité.
C’est enrichis dans nos c½urs et marqués dans nos esprits d’un enseignement d’amour que nous repassons le col et la route à flanc de montagne. L’esprit clair, nous redescendons dans la vallée, sous un vaste ciel dégagé.
Caroline Collin
Aikido 2788

Stage avec Juerg Steiner Sensei

Mai 2019

Ce premier week-end du mois de mai a débuté par un magnifique stage donné par Juerg Steiner Sensei, 6ème dan Aïkikai Tokyo. Il a eu la générosité de venir partager, avec la dizaine de participants de l’AïkidoTakemusu Dojo, ses nombreuses années de pratiques d’Aikido ainsi que sa riche connaissance du Japon.
Jürg Steiner Sensei a pratiqué l’aïkido durant 12 années au Japon sous la direction de Michio Hikitsuchi Sensei.  Il est l’un des rares étrangers à être resté aussi longtemps auprès d’un maître d’une telle expérience. Actuellement établi à Bienne, où il a fondé l’Aïkido Centre Kumano à Bienne, il dirige régulièrement des stages en Europe, en Australie ou encore aux États-Unis.
Récemment revenu d’un mois passé au Japon,  encore habité des expériences vécues, il nous rappelle qu’un art martial est aussi la faculté de cultiver et partager le beau qui nous habite et nous entoure. La fraîcheur de la bise du week-end accompagne la fluidité grandissante des mouvements des pratiquants.
La richesse des enseignements reçus a permis à tout les pratiquants d’élargir encore l’infini champ de découverte que peut nous offrir l’Aïkido et redonne ainsi encore un nouvel élan à nos pratiques quotidiennes.
Caroline Collin
Coquelicot

Serait-ce une première fois ?

Et subitement réaliser qu'on a pris avec l'air bien plus que de l'air, en soi. Des feuilles qui froufroutent au dehors et leur odeur ronde de tabac humide. Le vent frais, léger, à peine une brise. La profondeur noire du ciel bien au-delà des nuages grisés. Et les étoiles, les étoiles.
Debout, les pieds fichés dans le sol, sentir son souffle avec une surprise renouvelée. Ainsi c'est cela respirer ! Je ne sais quoi de la fraîcheur du monde s'incorpore ; quelques fragments de banalité tiède se détachent avant de se dissiper.
Ici rien à vouloir. Dedans dehors, sans intention, dehors dedans. Tout flue et reflue, tout. Incessamment ce tout change pour la première fois.

Adrien Jacot-Des-Combes
feuille

Stage de Macolin

Mai 2018

Lors du weekend de la Pentecôte, une vingtaine de pratiquants du Takemusu Dojo se sont rendus à Macolin pour participer durant trois jours à un stage international. Nous avons en effet eu la chance de pouvoir pratiquer sous la direction de Danielle Sensei venue de Californie et de Rein Sensei venu d’Estonie. Jean-Pierre Sensei et Jürg Sensei ont également enseigné.

Ce stage a été placé sous le signe de kansha no kokoro, le coeur de gratitude. Danielle Sensei nous a rappelé dès l’ouverture du stage que cela commençait par une posture physique ouverte et les efforts des pratiquants furent remarquables : qu’il est difficile de ressentir de la gratitude lorsqu’on est fatigué et que notre partenaire ne fait pas ce que l’on veut ! Pratique après pratique, partenaire après partenaire, nous nous sommes ainsi plongés dans cette étude, soutenus par les fréquents rappels des Senseis.

Les trois pratiquants les plus avancés du cours des enfants ont également participé au stage. Leur pratique forte et généreuse manifestait bien que l’aïkido n’est pas une question de taille ou d’âge et leur énergie pétillante nous a rappelé plus d’une fois de redonner de la place aux sourires et à l’enthousiasme malgré la fatigue. Quelle joie que toutes ces générations puissent travailler ensemble et apprendre les unes des autres !

Un tel stage est également une grande expérience de groupe. La plupart des moments entre les pratiques furent en effet passés ensemble et cela donna lieu à de beaux échanges, à la découverte de nouvelles facettes de toutes ces personnes que nous côtoyons sur les tatamis. Peu à peu, le groupe commença ainsi à fonctionner de plus en plus harmonieusement, comme s’il prenait vie et qu’il commencait à respirer en rythme.

Finalement, Jean-Pierre Sensei a rappelé que le Fondateur de l’Aïkido souhaitait que tous les hommes de la terre vivent ensemble en paix. Le temps d’un stage et à notre échelle, chacun a pu constater que ce souhait commençait à s’incarner ; les sourires des pratiquants lors de la dernière matinée en étaient un signe évident. C’est ainsi avec beaucoup de gratitude pour les enseignements et pour le chemin parcouru ensemble que nous nous sommes quittés lundi en début d’après-midi.
aikido Macolin

Stage des 21 et 22 avril 2018

Juerg Steiner Sensei, 6 dan Aïkikaï Tokyo


Le weekend du 21-22 avril, une quinzaine de pratiquants du Geneva Aikido Takemusu Dojo ont eu la chance de recevoir Jürg Steiner Sensei pour près de 8 heures de stage réparties sur les deux jours.

Jürg Steiner Sensei a pratiqué l’aïkido durant 12 ans au Japon sous la direction de Michio Hikitsuchi Sensei. Sixième dan Aïkikai Tokyo, il est l’un des rares étrangers à être resté aussi longtemps auprès d’un maître d’une telle expérience. De retour en Suisse, il a fondé l’Aïkido Centre Kumano à Bienne et dirige régulièrement des stages en Europe, en Australie ou encore aux États-Unis.

Jürg Steiner Sensei venait de revenir d’un séjour d’un mois au Japon peu avant le début du stage. Il a ainsi apporté la magnifique énergie des montagnes de la région de Kumano et les pratiquants ont pu profiter de la fraîcheur et de la profondeur de son enseignement. Un grand accent a été mis sur la précision des gestes et des placements ; le Sensei rappelait cependant souvent qu’il ne fallait pas se refermer sur soi-même et se concentrer uniquement sur la technique, mais qu’il fallait aussi voir la beauté de la nature et des personnes qui nous entourent. Le temps presque estival et les fleurs sur les arbres étaient particulièrement propices à cet exercice. Clairement, l’impression que le Japon était venu à nous l’espace d’un weekend régnait parmi les pratiquants.

Les nombreuses heures de pratique et le pique-nique canadien du samedi ont également été de magnifiques occasions de resserrer les liens entre les pratiquants. C’est ainsi avec beaucoup de joie et d’impatience pour les pratiques à venir que le stage s’est clôt dimanche à midi.

Stage des 24 et 25 mars 2018   

Le weekend du 24 et 25 mars, une quinzaine de pratiquants de l’Aïkido Takemusu Dojo ont partagé près de 8h de pratique sous la direction de Jean-Pierre Kunzi.

Le samedi matin, un visiteur curieux aurait pu croire que la pratique allait commencer à 10h comme l’indiquait l’affiche. Cela faisait cependant plusieurs heures que le dojo s’éveillait peu à peu dès l’ouverture des portes et des fenêtres, au rythme des nettoyages silencieux et joyeux des premiers pratiquants. Au moment d’ouvrir le stage, le dojo est étincelant et l’air frais qui l’a rempli rappelle le printemps savoureux du Japon.

Les aïkidokas et le dojo sont ainsi prêts à se plonger dans le misogi, la profonde purification qui va caractériser ces deux jours. Les innombrables chutes et les grands mouvements ronds nous polissent en effet ; le sensei nous le rappelle à plusieurs reprises en prenant l’exemple du galet qui perd peu à peu ses aspérités au gré des vagues et du contact avec les autres cailloux. Au fil des techniques, les tensions se relâchent, les sourires apparaissent et il n’est pas rare d’entendre un rire léger au milieu de cette pratique autrement silencieuse.

Le sensei nous invite également à accueillir toute attaque avec joie et bienveillance. Malgré la grande difficulté de mettre cela en pratique, tous les aïkidokas font de leur mieux et, peu à peu, une magnifique harmonie s’établit dans le groupe. Lors des dernières pratiques, un aïkidoka se trouve au centre d’un grand cercle et les autres l’attaquent à tour de rôle : il semble tout à coup n’y avoir plus qu’un seul grand mouvement vers et depuis le centre, comme les vagues de l’océan qui affluent et refluent sur la plage.

À la fin, les pratiquants sont rincés : les progrès vers plus de détente et de bienveillance se sont faits au prix de beaucoup de sueur laissée sur les tatamis ; mais, comme le rappelle souvent le sensei, c’est lorsque nous n’avons plus la force de lutter que nous pouvons nous ouvrir à autre chose et que la joie apparaît. Le stage s’est ainsi clôt avec une joie pétillante et beaucoup de reconnaissance pour tout le chemin parcouru.

Vivement le prochain stage !

groupe


Témoignages

Novembre 2016

Une pratiquante d'Aïkido

L’Aïkido a changé ma vie… c’est une chose que je n’aurais jamais imaginé quand j’ai commencé. Le mouvement s’est initié, et j’ai décidé de le suivre… il a fallu du temps !

Il y a des jours où certaines paroles, entendues pourtant des centaines de fois, prennent soudainement tout leur sens, se mettent à raisonner suffisamment fort pour impacter profondément et significativement, appeler à l’action et à la décision !

Il y a des pratiques qui bousculent et qui libèrent, des pratiques qui épuisent et qui invitent à la remise en question. Il y a des pratiques où je me sens particulièrement bien et pleine d’une énergie que je veux partager ; et il y a des pratiques où j’ai besoin de l’énergie du groupe pour tenir debout. Il y a des pratiques où rire et spontanéité s’invitent et d’autres où la rigueur et l’aspect martial prennent le dessus.
Une chose est certaine pour moi : quoi qu’il se passe, je ressors toujours grandie de mon dojo.
Comme dans ma vie quotidienne, le dojo est l’expression d’une palette d’émotions, de rencontres et de situations, qui se suivent mais jamais ne se ressemblent !

Le « ballet » de ces émotions, l’accumulation de souvenirs sur les tatamis et en dehors avec les autres membres de mon dojo, le courage de venir pratiquer lorsque l’envie manque ou que la fatigue prend le dessus m’ont aidée, depuis 5 ans, à traverser les différents moments délicats de mon existence avec la certitude que je sortirai toujours grandie de ces moments et que j’avais une famille sur laquelle compter si cela était nécessaire.
Tout ceci m’a permis d’éviter de perdre de vue l’essentiel… LA VIE elle-même !

Le dojo est pour moi une « zone de paix » et de lâcher prise, je suis seule à décider comment je vais vivre la pratique qui se profile… et je suis aussi seule à décider de l’importance que je donne aux enseignements que je reçois.

J’ai exporté un grand nombre de ces enseignements dans ma vie quotidienne. Ils m’ont valu de perdre certains de mes proches et de mes « amis » mais m’ont surtout permis de croiser la route de personnes qui pensent positivement, m’acceptent telle que je suis, me permettent d’être moi-même et ont un réel esprit de groupe.
Ce que je cherchais, je ne l’ai pas trouvé dans l’Aïkido… l’Aïkido m’a permis de le trouver en moi !

Marie
Automne


Octobre 2016

Une pratiquante d'Aïkido

Pendant des années, j'ai fait le même cauchemar : je rêvais que l'on voulait me tuer ou m'agresser.
Lorsque j'ai commencé l'Aïkido, mon cauchemar a évolué, je me défendais.
Maintenant, je ne fais plus de cauchemars.

Je pense que la vision de moi-même a évolué, je ne me vois plus comme une victime.
Dans mes relations, de travail ou personnelles, s'il y a des problèmes, je me remets en question, mais je ne me positionne plus comme une victime.

Catherine
Montagne

Un pratiquant d'Aïkido

J'ai commencé l'aïkido à l'âge de quarante ans, sans penser à tout ce que cela allait m'apporter de si joyeux et me confronter au retour sur moi-même.

L'aïkido est vraiment une voie d'harmonie, d'amour, de paix et de bien-être, relative à soi et aux autres.

Pratiquer l'aïkido a changé radicalement mon être. Je deviens, au fur et à mesure de mes pratiques, beaucoup plus délié, souple et léger dans mon corps et mon esprit. Je deviens aussi beaucoup plus harmonieux et en contact avec la terre de mon ancrage, le ciel et sa grandeur, qui se mélangent avec mes propres énergies de vie.

Avoir commencé ce chemin m'apporte au quotidien de ma vie beaucoup d'énergie, de sourire envers moi-même et aussi pour les gens qui m'entourent au quotidien. Cette pratique éveille mon esprit. Cela a vraiment ouvert en moi le don de soi sans se perdre soi-même et juste le faire naturellement sans rien attendre en retour.

Dans ma vie professionnelle, l'aïkido m'amène énormément : j'ai un contact avec mes clients beaucoup plus fluide et les réponses m'arrivent en une fraction de seconde. Mon esprit devient vif et éclairé.

Sur mon chemin, de part les pratiques d'aïkido, j'ai aussi été confronté pas mal de fois à des doutes qui partent et reviennent. Alors, dans ces moment là, lorsque j'ai ces doutes et des décisions à prendre, je m'entraîne encore plus souvent que d'habitude, et les doutes s'effacent. Les décisions sont prises pour faire place à un espace d'accueil tout nouveau et chaleureux.

Pratiquer l'aïkido est une hygiène de vie au quotidien et un sourire de tous les jours au lever du lit.

Sébastien
Kamikura

Misogi 2014

Janvier 2014. Les tempêtes se succèdent. Hier, le ciel était sombre et bas. Une pluie diluvienne et incessante a rincé la ville, inondé les routes et les champs.

Ce matin, le ciel est dégagé, clair. L’air est pur et froid. La lumière du soleil traverse cet air cristallin et illumine les flancs nouvellement blanchis du Jura, sur l’autre rive du lac. La nature a procédé à son grand nettoyage.

Après la nuit fraîche, les cygnes se mettent en mouvement et s’envolent pour se poser dans l’eau, un peu plus loin. Là, ils s’ébrouent, se secouent, font de brefs envols : une joyeuse danse offerte à cette claire matinée.

A notre tour, nous entrons dans la danse. Vêtus de nos gi, nous formons un grand cercle. Ensemble, nos bokken fendent l’air. Le sabre à double tranchant s’exécute, tranchant simultanément le ciel et notre égo, accompagné de nos vigoureux kiaï. L’esprit est rassemblé. Le centre est fort. Malgré notre tenue légère, la chaleur commence à nous envelopper. Les coupes s’enchaînent avec une vigueur grandissante.

Puis le moment est venu de poser nos vestes et d’entrer dans l’eau. Shin Kokyu, le souffle des Kami. Comme un seul homme, nous accomplissons ce rituel ancestral que nous a transmis O Sensei, réunis dans un même souffle, unis au ciel, à l’eau et à la terre. Dans les jambes, les crampes répondent au froid. Intense, profonde et lumineuse est la pratique : enivrante sensation d’appartenir à cette belle nature, à ce lumineux froid hivernal.

Et déjà le moment du salut arrive. Les pieds engourdis et le sourire aux lèvres, chacune et chacun se rhabille chaudement. Le thé fumant est partagé dans une joyeuse et chaleureuse ambiance.

Conscients d’avoir vécu un moment unique, précieux, d’être entrés dans la danse ronde et magnifique de la grande nature et de nous être purifiés avec elle, nous entrons de plein pied dans la Nouvelle Année.

Ganbatte o kudasai !
Jean-Pierre Kunzi

Misogi 2014


Témoignages

Janvier 2014

Un pratiquant d'Aïkido

L’ Aïkido, voilà un nom plein de lumière d'harmonie de respect, mais également mystérieux !
Au début du chemin, en pratiquant l'Aïkido j'ai eu du mal à me rendre compte de tout ce que cette discipline pouvait m'apporter comme : joie, bonheur, rires, intuition, santé, mais aussi des éléments auxquels elle me confrontait : doutes, incertitudes, peines, pour ne citer que certains des aspects les plus marquants.
Au fur et à mesure des années de pratique, la voie de l'Aïkido s'est mêlée et entrelacée intimement à mon quotidien dans la vie de tous les jours, m'apportant un meilleur équilibre et une plus grande sérénité.
Je souhaite à toute personne de pouvoir ressentir et vivre l'Aïkido.
lune
 
Décembre 2013

Une pratiquante d'Aïkido

La pratique de l'aïkido m'a permis d'aller à la rencontre de moi-même. Avant, ma vie évoluait au gré des vents, mue par une hyper adaptation à autrui et à de la peur non ressentie. Petit à petit, j'ai commencé à ressentir mon corps, mes états d'âme et mes sentiments. Le fait de pratiquer avec sincérité - de vraies attaques, de vraies chutes, de vrais mouvements avec un sens physique évident - a stimulé une stabilité, un ancrage fort et a restauré mon estime de moi-même. Puis, par conséquent, ma confiance personnelle s'est renforcée.
Actuellement, j'ai le sentiment d'avoir récupéré ma vie. Je suis mon propre auteur et acteur. Je fais mes propres choix, en référence à moi-même. J'appréhende ainsi les aléas de la vie avec plus de sérénité.
De plus, la pratique de l'aïkido m'amène à une vision du monde et des autres plus humaine, plus tolérante, plus indulgente, plus chaleureuse, et aussi plus sensible, plus pertinente. Mes actes sont aussi plus rigoureux, plus vrais. J'essaye de voir le beau en toute chose et souvent, une joie de vivre et de paix m'habite.
Ce sentiment réconfortant d'appartenance à moi-même, de découvertes infinies, d'expériences si heureuses, ainsi que de reconnaissance me motive à poursuivre ma pratique et à partager ce plaisir.
Bouton d'or

Décembre 2013

Un pratiquant d'Aïkido

L'Aikido a profondément changé ma vie. Au fil des pratiques, j'ai peu à peu développé une sécurité physique et émotionnelle de plus en plus forte. Ayant moins peur d'être blessé, abandonné ou jugé, je peux accueillir avec beaucoup plus de joie les personnes et événements que je rencontre dans ma vie. Mais il ne semble pas s'agir d'une ouverture naïve : je constate que je suis beaucoup plus souple - dans le corps, mais surtout dans la tête - et plus clair dans ma posture face aux autres personnes ; j'évite ainsi de nombreuses collisions frontales avec les difficultés de la vie et ne permets plus autant aux gens de me "pomper" ou de me culpabiliser. À travers le corps, l'Aikido se révèle de plus en plus à moi comme une voie vers la joie et l'amour.
Lueur

Novembre 2013

Une pratiquante d'Aïkido

Les faiblesses ou les défauts sur lesquels je travaille dans ma pratique ont une répercussion sur ma façon d’être dans la vie.
Les relations que j’ai avec les gens depuis que je pratique l’aïkido sont plus profondes et sincères.
La rigueur de l’enseignement me donne le sens de la rigueur et de l’engagement dans ma vie, mon travail, mes relations.
J’ai le sentiment d’être plus éveillée au monde qui m’entoure.
Une autre expérience qui, je pense, vient du fait d’être plus éveillée et qui est nouvelle pour moi : j’ai constaté à plusieurs reprises que je ressens comment la personne qui est à côté de moi se sent au plus profond, comme si un sentiment m’envahit. Mais je reste consciente que cela ne m’appartient pas.
Fleur
Mai 2012

Un maître japonais à Genève


Il s’appelle Kuribayashi Sensei. Il est petit et se tient tout droit. Ses pieds nus et larges sont solidement ancrés sur les tatamis. Son visage rond est toujours souriant. C’est la première fois qu’il vient transmettre son enseignement à Genève. Il a commencé à pratiquer l’Aïkido à l’âge de 23 ans. Il s’entraîne tous les jours avec cette précision toute japonaise. Maintenant, il a 65 ans. Il est détenteur d’une expérience riche, issue directement du Fondateur de cet art.

À Chêne-Bougeries, le Dojo qui l’accueille est tout petit, et pourtant si grand de par son rayonnement. Les nombreux pratiquants sont serrés et doivent faire preuve d’une grande vigilance pour viser un étroit espace de tatami où chuter. Pour l’événement, des aïkidokas et des Dojo Cho (responsables de Dojo) ont fait le déplacement depuis d’autres cantons, depuis la France et même depuis l’Estonie. Il faut dire que l’événement est exceptionnel, tout comme le maître. Et de préciser que le Dojo est riche de quelques belles relations tout autour du monde.

Les démonstrations et les explications sont limpides. L’écoute est attentive. La pratique est fluide et silencieuse. Telle une danse ronde et magnifique, les pratiquants tournent, chutent et se relèvent à tour de rôle, se partageant en toute harmonie le peu d’espace disponible. Le maître passe de l’un à l’autre, observe attentivement, puis distille quelques précieuses corrections. L’attention est totale. Le temps passe inaperçu.

Déjà vient la fin. Quelques belles paroles pour conclure. Des remerciements aussi, du fond du c½ur. Et puis, bien sûr, une photo du groupe pour immortaliser ce moment privilégié. Rapidement la table est richement garnie dans le Dojo, pour encore profiter de quelques joyeux échanges avant la séparation.

Des lumières brillent dans les yeux.

Jean-Pierre Kunzi

Aïkido Kuribayashi Sensei

Novembre 2011

Une démonstration


On aurait pu s'attendre à ce que cela commence un peu comme une pièce de théâtre. On aurait vu d'un côté des acteurs conscients du public, lui présentant des mouvements soigneusement répétés pendant des semaines, et de l'autre des visiteurs venus assister à un spectacle se déroulant à une distance convenable. Le tout aurait commencé un peu en retard pour attendre les derniers arrivés.

L'Aïkido est décidément une discipline surprenante.

Cela débute en avance et prend tout à fait la forme d'une pratique habituelle  : salut et respect au début puis présentations du senseï et application des élèves à marcher dans ses pas, corrections aussi parfois, mais rares. Et le silence : aucune parole entre les pratiquants, chacun concentré sur son chemin. Les personnes venues assister à la démonstration arrivent peu à peu, et prennent place. Ce qui leur est proposé, c'est un contact direct avec un art martial japonais. Certaines chutes s'arrêtent à quelques centimètres des spectateurs qui se montrent attentifs, concentrés sur ce qui se passe ; d'une certaine façon ils sont happés au c½ur même de la pratique. Ce n'est que plus tard, sans prévenir, que Juerg Steiner senseï donne le signal du début de la présentation.

Jean-Pierre Kunzi, responsable du Takemusu dojo, prend la parole et souhaite la bienvenue aux personnes présentes. Il donnera au fur et à mesure quelques explications sur la pratique de l'Aïkido.

Les enfants commencent et montrent quelques wazas parmi ceux qu'ils ont appris. Lorsqu'ils arrivent au bout de ce qui leur vient, ils se saluent et retournent à leurs places. C'est leur désir de bien faire qui frappe, leur concentration.

L'Aïkido est le dernier venu des arts martiaux japonais. On doit cette discipline à maître Morihei Ueshiba, né en 1883 et mort en 1969. Elle se différencie des autres en ce sens qu'elle ne se donne pas pour but d'anéantir l'adversaire, mais bien plutôt de l'accueillir et de retourner une situation néfaste. Il ne s'agit pas d'entrer en symétrie avec l'agresseur, d'accepter le type de relation qu'il propose, mais de l'empêcher, en toute sécurité, de mener à bien son action nuisible.

A tour de rôle, les pratiquants avancés présentent des techniques. Souvent cela ressemble à une danse, mais une danse improvisée. Cette dimension harmonieuse est centrale dans la pratique, car le but n'est pas de vaincre, mais d'apprendre peu à peu à entrer en syntonie avec son environnement. En harmonisant son énergie avec celle de l'univers, on s'accorde au mouvement naturel des choses, des événements. Il devient alors possible de guider son adversaire vers un lieu tranquille.
Jean-Pierre Kunzi senseï présente des techniques avec des adversaires multiples armés de sabres et de couteaux. Ses gestes sont précis et rapides, mais non pas précipités, puissants, mais non pas violents. Les projections partent en tous sens, le mouvement est bouillonant.

Juerg Steiner senseï présente une démonstration. C'est le point culminant. Les techniques proposées sont très variées, chacune semblant s'imposer sur le moment. Sa tranquillité intérieure est manifeste, son souffle profond, son alacrité rayonnante. Et s'il s'interrompt, ce n'est pas par manque de ressource, mais par désir de ne pas s'imposer plus longtemps.
Le public est alors invité à poser des questions.

Une personne remarque l'importance de la respiration et demande si elle est l'objet d'un travail particulier. Juerg Steiner senseï répond que le souffle est très important. On aspire l'énergie de l'agresseur pour l'expirer ensuite dans le waza.
Une autre relève les différences entre les pratiquants, remarquant que certains sont plus doux et d'autres plus secs. L'Aïkido n'est pas figé, répond le senseï. Chacun pratique à son niveau selon sa personnalité, selon le moment, la saison. Les formes sont variables.

Comment encourager les enfants qui ont commencé à poursuivre leur effort, demande une autre. Juerg Steiner senseï répond qu'il faut que le cours soit joyeux, que les enfants doivent pouvoir s'ébattre, jouer. Il dit aussi qu'il est important que le maître soit sévère, qu'il indique clairement la direction du travail et qu'il guide les enfants dans la bonne direction.

Une dernière question porte sur l'efficacité de l'Aïkido hors des tatamis. Le senseï répond qu'un aïkidoka expérimenté devrait sentir venir l'agression avant qu'elle ne se manifeste et devrait l'éviter. S'entraîner, c'est apprendre à ne pas combattre. Un combat est toujours dangereux et risqué. Il faut apprendre à se mettre en sécurité. Toutefois, si on en arrive là, les techniques sont efficaces.

Les visiteurs sont ensuite invités à venir essayer quelques techniques sur les tatamis. Ces contacts proches se prolongent en conversation. Certaines questions trouvent des réponses en gestes, plutôt qu'en mots. Les pratiquants sortent de l'espace des tatamis pour boire un verre en compagnie des visiteurs. Une énergie harmonieuse, chaleureuse, se répand entre les personnes présentes et réunit pratiquants et visiteurs. Les enfants jouent au loup, rient, galopent entre les adultes.

Vie joyeuse, et mouvante.



Adrien Jacot-Des-Combes


Démonstration Aïkido Takemusu Dojo

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Hikari no waza

C'est par ces mots que Juerg Steiner sensei a ouvert le stage qu'il a donné à Genève les 13 et 14 novembre 2010.

Hikari no waza. Les techniques de la grande lumière. C'est la direction que Juerg sensei a choisi de donner au travail. Il s'agit de laisser entrer la lumière, de la laisser habiter les techniques. Sans cette dimension dans l'entraînement, on ne réalise que des mouvements du corps, des gestes volontaires, trop souvent brusques et rigides. Pour peu que l'on permette à la lumière de s'infiltrer peu à peu, on commence à ressentir une facilité d'exécution. Il devient plus aisé de bouger au moment juste, de garder sa stabilité, de guider son partenaire sans le contraindre.

Hikari no waza. Cette calligraphie se trouve dans le Kumano Juku Dojo de Shingu, sur la droite. Cette attache, ce lien avec la source de l'Aïkido est fondammental. C'est comme passeur que Juerg sensei est venu donner ce stage, passeur de l'enseignement qu'il a reçu de Hikitsuchi sensei et qu'il continue de recevoir de Anno sensei. Les explications qu'il donne, par exemple sur la pratique du bokken, du sabre en bois, il les a lui-même reçues de ses maîtres. Il s'attache à les porter plus loin, à permettre à d'autres d'en profiter.

A observer Juerg sensei, on est étonné par la simplicité de ses mouvements, impressionné par leur immédiate évidence. Le corps est très exactement placé à l'endroit adéquat. Quel que soit le partenaire qui attaque, les gestes se suivent, coulés l'un dans l'autre, comme si l'accord se faisait instantanément entre l'intensité, la force de l'attaque et la technique pratiquée. Ses wazas sont pleins d'énergie et de rondeur. L'ensemble rayonne d'une grande beauté. Aïkido, c'est tout à la fois un art martial puissant et une danse ronde et magnifique.

Juerg sensei insiste beaucoup sur l'importance du sentiment dans la pratique. La maîtrise des techniques est importante, mais elles sont secondaires par rapport à l'état d'esprit. C'est avec le sourire qu'il faut pratiquer l'Aïkido. On offre ainsi à son partenaire un peu de la joie que l'on éprouve soi-même. On n'apprend pas à détruire l'adversaire, mais à rendre inefficaces ses actions nuisibles, en gardant pour lui toute sa considération. Le travail vise à permettre à l'harmonie de régner gaiement en soi et autour de soi dans les aléas et les turbulences de la vie. Juerg sensei rappelle alors les paroles que Hikitsuchi sensei prononçait souvent : Aïkido se pratique Shin-ken shô-bu, comme si sa vie était en jeu. C'est par cette intensité de la pratique qu'on peut petit à petit se purifier, se débarrasser de sa part d'ombre et laisser entrer en soi la lumière.

Au-dehors, le soleil brille dans un ciel lavé par les pluies des jours précédents. Les rayons chauds pénètrent obliquement par les vitres du dojo. Leur splendeur immerge les pratiquants dans le flot continu de la grande lumière. Hikari no waza.

Adrien Jacot-Des-Combes

Juerg Sensei hikari waza

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