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Takemusu Aïkido
Takemusu Aïkido
Motomichi Anno Sensei

Novembre 2011

Une démonstration


On aurait pu s'attendre à ce que cela commence un peu comme une pièce de théâtre. On aurait vu d'un côté des acteurs conscients du public, lui présentant des mouvements soigneusement répétés pendant des semaines, et de l'autre des visiteurs venus assister à un spectacle se déroulant à une distance convenable. Le tout aurait commencé un peu en retard pour attendre les derniers arrivés.

L'Aïkido est décidément une discipline surprenante.

Cela débute en avance et prend tout à fait la forme d'une pratique habituelle  : salut et respect au début puis présentations du senseï et application des élèves à marcher dans ses pas, corrections aussi parfois, mais rares. Et le silence  : aucune parole entre les pratiquants, chacun concentré sur son chemin. Les personnes venues assister à la démonstration arrivent peu à peu, et prennent place. Ce qui leur est proposé, c'est un contact direct avec un art martial japonais. Certaines chutes s'arrêtent à quelques centimètres des spectateurs qui se montrent attentifs, concentrés sur ce qui se passe  ; d'une certaine façon ils sont happés au cœur même de la pratique. Ce n'est que plus tard, sans prévenir, que Juerg Steiner senseï donne le signal du début de la présentation.

Jean-Pierre Kunki, responsable du Takemusu dojo, prend la parole et souhaite la bienvenue aux personnes présentes. Il donnera au fur et à mesure quelques explications sur la pratique de l'Aïkido.

Les enfants commencent et montrent quelques wazas parmi ceux qu'ils ont appris. Lorsqu'ils arrivent au bout de ce qui leur vient, ils se saluent et retournent à leurs places. C'est leur désir de bien faire qui frappe, leur concentration.

L'Aïkido est le dernier venu des arts martiaux japonais. On doit cette discipline à maître Morihei Ueshiba, né en 1883 et mort en 1969. Elle se différencie des autres en ce sens qu'elle ne se donne pas pour but d'anéantir l'adversaire, mais bien plutôt de l'accueillir et de retourner une situation néfaste. Il ne s'agit pas d'entrer en symétrie avec l'agresseur, d'accepter le type de relation qu'il propose, mais de l'empêcher, en toute sécurité, de mener à bien son action nuisible.

A tour de rôle, les pratiquants avancés présentent des techniques. Souvent cela ressemble à une danse, mais une danse improvisée. Cette dimension harmonieuse est centrale dans la pratique, car le but n'est pas de vaincre, mais d'apprendre peu à peu à entrer en syntonie avec son environnement. En harmonisant son énergie avec celle de l'univers, on s'accorde au mouvement naturel des choses, des événements. Il devient alors possible de guider son adversaire vers un lieu tranquille.
Jean-Pierre Kunzi senseï présente des techniques avec des adversaires multiples armés de sabres et de couteaux. Ses gestes sont précis et rapides, mais non pas précipités, puissants, mais non pas violents. Les projections partent en tous sens, le mouvement est bouillonant.

Juerg Steiner senseï présente une démonstration. C'est le point culminant. Les techniques proposées sont très variées, chacune semblant s'imposer sur le moment. Sa tranquillité intérieure est manifeste, son souffle profond, son alacrité rayonnante. Et s'il s'interrompt, ce n'est pas par manque de ressource, mais par désir de ne pas s'imposer plus longtemps.
Le public est alors invité à poser des questions.

Une personne remarque l'importance de la respiration et demande si elle est l'objet d'un travail particulier. Juerg Steiner senseï répond que le souffle est très important. On aspire l'énergie de l'agresseur pour l'expirer ensuite dans le waza.
Une autre relève les différences entre les pratiquants, remarquant que certains sont plus doux et d'autres plus secs. L'Aïkido n'est pas figé, répond le senseï. Chacun pratique à son niveau selon sa personnalité, selon le moment, la saison. Les formes sont variables.

Comment encourager les enfants qui ont commencé à poursuivre leur effort, demande une autre. Juerg Steiner senseï répond qu'il faut que le cours soit joyeux, que les enfants doivent pouvoir s'ébattre, jouer. Il dit aussi qu'il est important que le maître soit sévère, qu'il indique clairement la direction du travail et qu'il guide les enfants dans la bonne direction.

Une dernière question porte sur l'efficacité de l'Aïkido hors des tatamis. Le senseï répond qu'un aïkidoka expérimenté devrait sentir venir l'agression avant qu'elle ne se manifeste et devrait l'éviter. S'entraîner, c'est apprendre à ne pas combattre. Un combat est toujours dangereux et risqué. Il faut apprendre à se mettre en sécurité. Toutefois, si on en arrive là, les techniques sont efficaces.

Les visiteurs sont ensuite invités à venir essayer quelques techniques sur les tatamis. Ces contacts proches se prolongent en conversation. Certaines questions trouvent des réponses en gestes, plutôt qu'en mots. Les pratiquants sortent de l'espace des tatamis pour boire un verre en compagnie des visiteurs. Une énergie harmonieuse, chaleureuse, se répand entre les personnes présentes et réunit pratiquants et visiteurs. Les enfants jouent au loup, rient, galopent entre les adultes.

Vie joyeuse, et mouvante.



Adrien Jacot-Des-Combes


Démonstration Aïkido Takemusu Dojo

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Hikari no waza

C'est par ces mots que Juerg Steiner sensei a ouvert le stage qu'il a donné à Genève les 13 et 14 novembre 2010.

Hikari no waza. Les techniques de la grande lumière. C'est la direction que Juerg sensei a choisi de donner au travail. Il s'agit de laisser entrer la lumière, de la laisser habiter les techniques. Sans cette dimension dans l'entraînement, on ne réalise que des mouvements du corps, des gestes volontaires, trop souvent brusques et rigides. Pour peu que l'on permette à la lumière de s'infiltrer peu à peu, on commence à ressentir une facilité d'exécution. Il devient plus aisé de bouger au moment juste, de garder sa stabilité, de guider son partenaire sans le contraindre.

Hikari no waza. Cette calligraphie se trouve dans le Kumano Juku Dojo de Shingu, sur la droite. Cette attache, ce lien avec la source de l'Aïkido est fondammental. C'est comme passeur que Juerg sensei est venu donner ce stage, passeur de l'enseignement qu'il a reçu de Hikitsuchi sensei et qu'il continue de recevoir de Anno sensei. Les explications qu'il donne, par exemple sur la pratique du bokken, du sabre en bois, il les a lui-même reçues de ses maîtres. Il s'attache à les porter plus loin, à permettre à d'autres d'en profiter.

A observer Juerg sensei, on est étonné par la simplicité de ses mouvements, impressionné par leur immédiate évidence. Le corps est très exactement placé à l'endroit adéquat. Quel que soit le partenaire qui attaque, les gestes se suivent, coulés l'un dans l'autre, comme si l'accord se faisait instantanément entre l'intensité, la force de l'attaque et la technique pratiquée. Ses wazas sont pleins d'énergie et de rondeur. L'ensemble rayonne d'une grande beauté. Aïkido, c'est tout à la fois un art martial puissant et une danse ronde et magnifique.

Juerg sensei insiste beaucoup sur l'importance du sentiment dans la pratique. La maîtrise des techniques est importante, mais elles sont secondaires par rapport à l'état d'esprit. C'est avec le sourire qu'il faut pratiquer l'Aïkido. On offre ainsi à son partenaire un peu de la joie que l'on éprouve soi-même. On n'apprend pas à détruire l'adversaire, mais à rendre inefficaces ses actions nuisibles, en gardant pour lui toute sa considération. Le travail vise à permettre à l'harmonie de régner gaiement en soi et autour de soi dans les aléas et les turbulences de la vie. Juerg sensei rappelle alors les paroles que Hikitsuchi sensei prononçait souvent : Aïkido se pratique Shin-ken shô-bu, comme si sa vie était en jeu. C'est par cette intensité de la pratique qu'on peut petit à petit se purifier, se débarrasser de sa part d'ombre et laisser entrer en soi la lumière.

Au-dehors, le soleil brille dans un ciel lavé par les pluies des jours précédents. Les rayons chauds pénètrent obliquement par les vitres du dojo. Leur splendeur immerge les pratiquants dans le flot continu de la grande lumière. Hikari no waza.

Adrien Jacot-Des-Combes

Juerg Sensei hikari waza

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